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C’est parce que la
société salariale nous prive des moyens de vivre,
de produire, de communiquer, allant jusqu’à
envahir l’espace autrefois privé, à nous
livrer elle-même nos émotions, que son Etat est
tout-puissant. La meilleure garantie contre la
réapparition d’une nouvelle structure de pouvoir
au-dessus de nous, c’est l’appropriation la plus
profonde des conditions d’existence, à tous les
niveaux. Par exemple, s’il semble exclu que chacun
pédale dans sa cave pour produire son
électricité, la domination du Léviathan
vient aussi de ce que l’ énergie (terme
significatif, qui en anglais se dit power...) nous rend
dépendants de complexes industriels qui,
nucléaires ou pas, restent forcément
extérieurs à nous et échappent à
tout contrôle.
Concevoir la destruction de l’Etat
comme lutte armée contre la police et les forces
militaires, c’est prendre la partie pour le tout. Le
communisme est d’abord activité. Un mode de vie
où hommes et femmes produisent leur existence sociale
paralyse ou réabsorbe l’émergence de
pouvoirs séparés.
BILAN
L’échec espagnol de 1936-37
est symétrique de l’échec russe de 1917-21.
Les ouvriers russes ont su arracher le pouvoir, non le faire
servir à une transformation communiste.
L’arriération, le délabrement
économique et l’isolement international
n’expliquent pas toute l’involution. La perspective
tracée par Marx, et peut-être applicable autrement
après 1917, de renaissance sous forme nouvelle des
structures agraires communautaires, n’était
même pas pensable alors. Sans parler de
l’éloge du taylorisme par Lénine, et de la
justification du travail militarisé par Trotsky, pour la
quasi-totalité des bolcheviks et l’immense
majorité de la IIIe Internationale, gauche communiste incluse,
le socialisme équivalait à la socialisation
capitaliste PLUS les soviets, et l’agriculture de
l’avenir ressemblait à de grands domaines
gérés démocratiquement. (La
différence, et de taille !, entre la gauche
germano-hollandaise et la Comintern sur ce sujet, c’est
que la gauche prenait au sérieux les soviets et la
démocratie, où les communistes russes - leur
pratique le prouve - ne voyaient que formules tactiques.)
En tout cas, les bolchéviks offrent
la meilleure illustration de ce qui arrive à un pouvoir
qui n’est que pouvoir, et doit tenir sans changer grand
chose aux conditions réelles. Très logiquement et
au début en toute bonne foi, l’Etat des soviets
s’est perpétré coûte que coûte,
dans la perspective de la révolution mondiale
d’abord, pour lui-même ensuite, et n’eut
bientôt d’autre solution que la coercition, la
priorité absolue étant de préserver
l’unité d’une société qui
partait en morceaux. D’où, d’une part, les
concessions à la petite propriété
paysanne, suivies de réquisitions, les unes comme les
autres éloignant encore plus d’une production et
d’une vie communautaires. D’où,
d’autre part, la répression anti-ouvrière,
et anti-oppositionnelle au sein du parti. Un pouvoir qui en
vient à massacrer les mutins de Cronstadt (lesquels
présentaient tout bonnement des revendications
démocratiques) au nom d’un socialisme qu’il
ne réalise pas, et se justifie au surplus par le
mensonge et la calomnie, signe simplement sa perte de tout
caractère communiste. Lénine est
décédé en 1924, mais le
révolutionnaire Lénine était mort chef
d’Etat dès 1921, sinon avant... Il ne restait plus
aux dirigeants bolchéviks qu’à se faire les
gestionnaires du capitalisme.
Hypertrophie de la politique
acharnée à éliminer les obstacles
qu’elle était incapable de subvertir, la
Révolution d’Octobre, elle aussi, a fondu dans une
guerre civile auto-dévorante. Son drame est celui
d’un pouvoir qui, faute de transformer la
société, dégénère en organe
contre-révolutionnaire. Dans la tragédie
espagnole, les prolétaires, parce qu’ils ont
quitté leur terrain, finissent prisonniers d’un
conflit où la bourgeoisie et son Etat sont
présents de part et d’autre des lignes de front.
En 36-37, le prolétariat d’Espagne ne se bat pas
contre Franco seul, mais contre les pays fascistes, contre les
démocraties et la farce de la « non- intervention
», contre leur propre Etat, contre l’URSS qui ne
les arme qu’afin de désarmer les
révolutionnaires, contre...1936-1937 clôt le
moment historique ouvert par 1917.
Dans une période
révolutionnaire future, les plus fins et plus dangereux
défenseurs du capitalisme ne seront pas ceux qui
crieront des slogans pro-capitalistes ni pro-étatiques,
mais ceux qui auront vu le lieu de la rupture possible. Loin de
vanter la publicité ou l’obéissance, ils
proposeront de changer la vie... mais pour cela
d’édifier au préalable un vrai pouvoir
démocratique. S’ils réussissaient à
s’imposer, l’instauration de cette nouvelle forme
politique avalerait les énergies, userait les
aspirations radicales et, le moyen devenant fin, ferait une
fois encore de la révolution une idéologie.
Contre eux, et bien sûr contre la réaction
ouvertement capitaliste, l’unique voie du succès
des prolétaires sera la multiplication et
l’extension coordonnée d’initiatives
communistes concrètes, dénoncées
naturellement comme anti-démocratiques, voire ...
« fascistes »
« […] dans toutes les révolutions passées, le
mode d’activité est constamment resté
intact et il ne s’est agi que d’une autre
distribution de cette activité et d’une nouvelle
répartition du travail entre d’autres personnes ;
tandis que la révolution communiste est dirigée
contre le mode d’activité tel qu’il a
existé jusqu’ici et supprime le travail et la
domination de toutes les classes, en supprimant les classes
elles-mêmes, parce qu’elle est
exécutée par la classe qui n’est plus, dans
la société, considérée comme une
classe et est déjà l’expression de la
dissolution de toutes les classes, de toutes les
nationalités, etc. à l’intérieur de
la société elle-même [...] »
(Marx, L’idéologie
allemande, 1845-46)
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La guerre et la révolution sont
indissociables. [Affiche du quotidien Fragua Social (l’Enclume
Sociale)]
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Le cuirassé Potemkine. Affiche de Rodtchenko
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Un marin : un héro. [CNT-AIT]
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Un paresseux est un rebelle.
[Département de l’ordre public d’Aragon] |
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